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Un Lion de l’Atlas

Un Lion de l’Atlas
Franco Arlando, Getty Images / Coaches' Voice
Redacción
Héctor García
Publicado el
27 de julio 2026

Mon premier poste d’entraîneur, c’était comme adjoint au sein de l’équipe nationale marocaine. Un rêve pour tout Marocain. Plus encore pour un ancien joueur de la sélection comme moi. 

À peine ma carrière de joueur de football professionnel terminée, je suis parti à Paris pour obtenir mon diplôme avec la Fédération française de football. Il s’agissait de commencer ma carrière d’entraîneur, mais la décision de devenir entraîneur était prise depuis bien longtemps, alors que j’étais encore joueur professionnel.  

Pourquoi si tôt ? Tout simplement parce que j’ai toujours aimé les entraînements et que je suis passionné par ce sport, mais surtout par la manière de penser des entraîneurs.  

Walid Regragui a disputé 45 matchs avec l'équipe nationale du Maroc entre 2001 et 2009. Principalement au poste d'arrière droit. Andy Lyons (Getty Images)
Walid Regragui a disputé 45 matchs avec l'équipe nationale du Maroc entre 2001 et 2009. Principalement au poste d'arrière droit. Andy Lyons (Getty Images)

De nombreux tacticiens m’ont influencé, mais il y en a deux qui m’ont particulièrement marqué. Tout d’abord, Rudi Garcia qui a été le premier à me repérer quand je jouais dans un championnat amateur en France. Rudi a toujours eu confiance en moi et il m’a aidé à rêver de devenir footballeur professionnel. Il a joué un rôle déterminant dans ma carrière de joueur. Ensuite, en le voyant également réussir sur les bancs de touche, j’ai suivi de très près son parcours et j’ai beaucoup échangé avec lui. 

Rolland Courbis m’a aussi influencé. C’était un entraîneur très réputé en France et une figure emblématique de l’Olympique de Marseille et des Girondins de Bordeaux. Là-bas, il a entraîné et lancé les carrières de grands joueurs. Il fut le mentor de Zinédine Zidane et Christophe Dugarry. J’ai beaucoup appris de Rolland, surtout sur le plan tactique, la gestion d’un groupe et la manière de transmettre les messages aux joueurs. 

"Le fait d’avoir vécu en France et joué en Espagne, au Racing Santander, m’a beaucoup aidé en tant qu’entraîneur parce que ce sont deux styles très différents"

Sincèrement, l’appel de la Fédération marocaine pour intégrer le staff et contribuer à la qualification pour la Coupe d’Afrique des Nations 2013, en Afrique du Sud, fut une surprise, parce que personne ne peut imaginer que son premier poste puisse être au sein de la sélection de son pays. 

C’était cependant une grande opportunité pour moi et, surtout, une expérience magnifique pour commencer.  Quand on est adjoint, on n’est pas l’entraîneur principal mais on peut observer comment vit un groupe, ce qu’est une nouvelle génération de joueurs et comment fonctionne une équipe nationale qui est très différente d’un club. Tout cela a beaucoup aidé à mon développement. 

En plus, les gens commençaient à me voir comme un adjoint avec les capacités pour devenir entraîneur principal, ce qui est finalement arrivé en juillet 2014 avec le FUS Rabat. 

Regragui mentionne dans l'interview accordée à Coaches' Voice deux entraîneurs clés pour lui. Rolland Courbis (à gauche) et Rudi Garcia (à droite). Getty Images

Le FUS Rabat a été un laboratoire pour moi parce que j’ai pu essayer plusieurs schémas tactiques : 4-4-2, 4-3-3, défense à 5… J’ai pu expérimenter. On vendait beaucoup de joueurs donc il fallait constamment reconstruire l’effectif. C’est pourquoi j’y suis resté six ans. Je pouvais travailler tranquillement et grandir en tant qu’entraîneur. 

Ce fut un succès parce que c’était un club qui n’avait jamais remporté le championnat en 80 ans d’histoire. Soulever le titre fut extraordinaire pour le staff, les joueurs et moi. Une émotion immense car on entrait dans l’histoire du club et en tant qu’entraîneur c’est toujours un rêve de le faire. 

"Chaque pays a son style et il faut s’adapter. Le Maroc est plus proche du football espagnol que du football français mais nous avons aussi une culture footballistique influencée par la France"

Le fait d’avoir vécu en France et joué en Espagne, au Racing Santander, m’a beaucoup aidé en tant qu’entraîneur parce que ce sont deux styles très différents. Quand j’étais au FUS Rabat, je pensais toujours qu’un mélange entre le football espagnol et français pourrait rendre mon équipe plus compétitive. J’ai donc beaucoup travaillé sur cet équilibre entre le jeu de position du football espagnol et l’organisation défensive du football français, qui est aussi très tactique. 

Les deux ou trois premières années, on a joué un football de position exceptionnel, probablement le meilleur du Maroc à l’époque. On a gagné le titre avec de très bons joueurs que l’on a vendu ensuite à l’étranger. Après, j’ai dû m’adapter parce que quand tu vends du talent, tout se complique. Tu as moins de qualité et tu as besoin d’autres outils. C’est là que l’école à la française m’a aidé, surtout dans l’organisation défensive. 

Deux philosophies de jeu se croisent dans l'idée de jeu de Regragui. Toutes deux issues de sa période de joueur en France et en Espagne, au Racing de Santander (2004-2007). Cristina Quicler/Getty Images

Mon passage en Espagne fut également très important parce qu’il m’a permis de comprendre le football différemment. En France, on appuyait beaucoup sur le physique et le jeu sans ballon. En Espagne, on travaillait beaucoup plus avec le ballon, le jeu de possession et de position. Tout cela a changé ma vision du football. 

Chaque pays a son style et il faut s’adapter. Le Maroc est plus proche du football espagnol que du football français mais nous avons aussi une culture footballistique influencée par la France. Mon objectif était donc de m’adapter à mon pays sans perdre l’ADN de notre football, qu’on n’a jamais mis de côté. 

"Au Wydad, j’ai appris à gagner rapidement, car après seulement trois mois j’ai senti que la situation pouvait se compliquer si nous ne réagissions pas"

J’ai passé six ans incroyables et inoubliables dans ce club. Quand tu gagnes des titres et fais partie de l’histoire d’un club, cela te suit à jamais. 

Après neuf mois au Qatar, à la tête d’Al-Duhail, je suis retourné au Maroc en 2021 pour entraîner le Wydad Casablanca, le plus grand club du pays, celui qui compte les meilleurs joueurs et qui possède également plus de titres que n’importe quel autre. Le club s’appuie également sur un public de folie, l’un des meilleurs au monde. Pour moi, le meilleur. Cinquante mille personnes dans le stade, toujours derrière l’équipe, à la pousser et à l’aider à gagner des matchs. 

Regragui a triomphé à la tête du FUS Rabat et du Wydad Casablanca. Franco Arland/Getty Images pour Coaches' Voice

La grande différence entre le FUS Rabat et le Wydad, c’est qu’au premier tu as le temps de construire. Au Wydad non, il faut gagner et bien jouer tous les week-ends. L’exigence est énorme et ça a aussi changé ma façon d’entraîner. Dans chaque club où l’on va, il faut s’adapter au club, à sa culture et à son histoire. 

Au Wydad, j’ai appris à gagner rapidement, car après seulement trois mois j’ai senti que la situation pouvait se compliquer si nous ne réagissions pas. J’ai dû m’adapter très rapidement à la mentalité d’un club pour lequel seule la victoire compte.  

"Quand j’ai vu l’effectif et le niveau des joueurs, je me suis convaincu que l’on pouvait réaliser quelque chose de grand"

Ça a été une expérience extraordinaire parce qu’on a réussi à gagner le championnat à nouveau. Le club n’avait pas réussi un back to back, c’est-à-dire remporter deux championnats consécutifs, depuis trente ans et nous on l’a fait. En plus, on a soulevé la troisième Ligue des Champions africaine pour entrer dans l’histoire du club. On a également atteint la finale de la Coupe du Maroc ce qui n’était plus arrivé depuis dix-sept ans. Ce fut peut-être la meilleure saison de l’histoire du club et le vivre avec ces supporters a été quelque chose d’inoubliable. 

Après cette saison exceptionnelle avec le Wydad, l’idée était de se reposer avant de penser à la saison suivante. Cependant, comme quelques années auparavant, un coup de fil de la fédération marocaine est arrivé. Cette fois, l’appel était différent car il demandait plus de responsabilité. 

« Aimerais-tu entraîner l’équipe nationale en vue de la Coupe du monde 2022 ? » m’ont-ils demandé. 

Regragui a pris les commandes du Maroc en 2022. Une présentation aux côtés du président de la fédération marocaine, Fouzi Lekjaa. AFP via Getty Images
Regragui a pris les commandes du Maroc en 2022. Une présentation aux côtés du président de la fédération marocaine, Fouzi Lekjaa. AFP via Getty Images

La fédération avait pris la décision de se séparer de Vahid Halilhodži? qui avait, lui aussi, réalisé un excellent travail avec le Maroc. Bien sûr, en tant que Marocain, ancien joueur et adjoint de la sélection, ce fut un appel très spécial pour moi.  

À vrai dire, je n’avais jamais imaginé entraîner la sélection parce que c’est un travail très différent. Je préfère entraîner un club et vivre son quotidien. Mais là, on parlait de mon pays. J’ai eu une réunion avec le président de la fédération lors de laquelle je lui ai dit : « Si je signe comme sélectionneur ce ne sera pas seulement pour jouer une Coupe du monde. Le Maroc ne peut pas se contenter de participer ou simplement de se qualifier. »

Je n’allais pas participer à une Coupe du monde si je ne sentais pas que nous pouvions être compétitifs. 

"Au Maroc, il y a énormément de pression parce que l’équipe nationale représente tout un pays. Mais, en tant que sélectionneur, c’est encore plus fort"

Quand j’ai vu l’effectif et le niveau des joueurs, je me suis convaincu que l’on pouvait réaliser quelque chose de grand. Je ne vais prétendre que je pensais que l’on allait atteindre les demi-finales mais j’étais convaincu de pouvoir passer la phase de groupe et marquer l’histoire du pays. 

J’en ai parlé avec ma famille et mes proches et nous avons décidé d’assumer cet énorme défi pour tenter d’entrer dans l’histoire. 

Disputer une Coupe du monde avec ton pays en tant qu’entraîneur marocain et ancien joueur de la sélection est un rêve incroyable. Je remercie toujours Dieu de m’avoir donné l’occasion de vivre une telle expérience. Pour un entraîneur, il n’y a rien de plus fort que de participer à une Coupe du monde avec la sélection de son pays.  

La pression est arrivée dès le premier jour. Je la connaissais déjà en tant que joueur, ancien adjoint, mais aussi supporter parce que quand je travaille pour la sélection, moi aussi je suis un supporter. Au Maroc, il y a énormément de pression parce que l’équipe nationale représente tout un pays. Mais, en tant que sélectionneur, c’est encore plus fort.  

Après à peine trois mois de préparation, la Croatie a été le premier adversaire du Maroc lors de la Coupe du monde 2022. Lars Baron/Getty Images
Après à peine trois mois de préparation, la Croatie a été le premier adversaire du Maroc lors de la Coupe du monde 2022. Lars Baron/Getty Images

D’autre part, ce qui m’inquiétait le plus, c’était le temps. Il ne restait plus que trois mois avant la Coupe du monde, avec à peine dix jours de préparation avant la compétition, en plus des deux matches amicaux de septembre. Au final, je n’avais que deux mois pour voir les joueurs, travailler le schéma tactique, construire l’état d’esprit que je voulais inculquer et prendre d’importantes décisions.  

"Quand tu entres sur le terrain pour ton premier match de Coupe du monde, la sensation est incroyable. Tu te souviens qu’enfant, tu rêvais de cette compétition"

Notre premier match de préparation en septembre a eu lieu à Barcelone contre le Chili et il y avait 35 000 ou 40 000 Marocains dans le stade. À l’étranger, loin du Maroc. Cela montre qu’il y a un énorme soutien derrière l’équipe et que l’on ne peut pas se permettre de les décevoir. Il faut leur apporter de la joie, les rendre fiers et aligner une équipe qui les représente sur le terrain. 

On devait aussi récupérer des joueurs qui n’étaient pas dans l’équipe à ce moment-là comme Hakim Ziyech ou Noussair Mazraoui. Il fallait penser à tous les détails, étudier les adversaires, former le nouveau staff… et énormément voyager. Un jour j’étais à Istanbul, le lendemain à Londres. Mais finalement, ce manque de temps nous a aussi aidé car cela nous a obligés à nous concentrer sur l’essentiel, sur les détails les plus importants.   

Le Maroc a terminé premier de la phase de groupes. Son adversaire suivant a été l'Espagne, une sélection qu'il a éliminée de la Coupe du monde aux tirages au but. Alex Grimm/Getty Images
Le Maroc a terminé premier de la phase de groupes. Son adversaire suivant a été l'Espagne, une sélection qu'il a éliminée de la Coupe du monde aux tirages au but. Alex Grimm/Getty Images

Le premier match de la Coupe du monde 2022 au Qatar fut contre la Croatie, finaliste en 2018. Quand tu entres sur le terrain pour ton premier match de Coupe du monde, la sensation est incroyable. Tu te souviens qu’enfant, tu rêvais de cette compétition. Tu es sur le banc de la sélection de ton pays, l’hymne retentit, il y a 30 000 marocains dans le stade qui le chantent… et, pendant un instant, tu redeviens cet enfant. 

Mais tout de suite tu dois changer de mentalité et penser à être compétitif. Au bout du compte, nous sommes là pour gagner.  

Nous savions que ce premier match était capital pour pouvoir rêver. En 2018, le Maroc a perdu contre l’Iran lors de ses débuts et ça avait quasiment anéanti toutes ses chances dès le début. Donc, cette fois, on était conscient que l’on ne pouvait pas perdre contre la Croatie. C’est peut-être pour ça que l’on n’a pas joué avec la même aisance que l’on a montrée par la suite. Nous avons affronté ce premier match avec une certaine prudence, avec le frein à main, car le plus important était de ne pas perdre. 

Contre la Belgique, on a vu une autre équipe du Maroc : une équipe avec davantage de personnalité, plus de confiance et de courage. Et la victoire nous a donné encore plus de force pour continuer de nous battre.  

"Je sentais que l’on était face à un moment historique. Les joueurs ont compris que c’était un moment déterminant pour leurs carrières"

Ensuite, nous avons battu le Canada pour atteindre notre premier grand objectif : passer la phase de groupes. Le Maroc ne l’avait fait qu’une fois dans son histoire auparavant, en 1986 au Mexique, avec une génération historique dont le pays se souvient encore aujourd’hui. 

Égaler cette génération de 86 était déjà un rêve. C’était comme dire : nous n’avons pas encore terminé de rêver mais nous avons déjà fait un très grand pas en avant. Malgré tout, j’ai dit aux joueurs qu’il fallait vite laisser ça derrière nous. Si on voulait réellement entrer dans l’histoire, il fallait se qualifier pour les quarts de finale, ce que le Maroc n’avait jamais fait auparavant. 

Pour la première fois de l'histoire de l'Afrique, une sélection atteignait les demi-finales. Le Maroc y est parvenu après avoir battu le Portugal. Francois Nel/Getty Images
Pour la première fois de l'histoire de l'Afrique, une sélection atteignait les demi-finales. Le Maroc y est parvenu après avoir battu le Portugal. Francois Nel/Getty Images

Et c’est là que l’Espagne est arrivée. 

Je leur ai dit : « Si on veut entrer dans l’histoire du football marocain, il faut éliminer l’Espagne. » Et le groupe l’a compris. Il a compris l’opportunité unique qui se présentait devant lui. Cela nous a donné une force énorme pour rivaliser, courir, souffrir et tout donner dans ce match. 

En tant que coach, je réfléchis toujours à la manière de pousser l’équipe vers un nouvel objectif. Après l’Espagne, l’objectif n’était plus seulement d’entrer dans l’histoire du Maroc mais d’entrer dans l’histoire de l’Afrique. 

Jusqu’à ce moment-là, la dernière sélection africaine à atteindre les quarts de finale était le Ghana en 2010. Aucune sélection africaine n’avait jamais disputé une demi-finale de Coupe du monde. C’est pourquoi le match contre le Portugal est devenu une opportunité unique : entrer dans l’histoire du continent et du football mondial. 

" À ce moment-là, j’ai su que l’on était entré dans l’histoire. Et, en même temps, je pensais à autre chose : on ne peut pas s’arrêter là. On peut remporter la Coupe du monde"

Je sentais que l’on était face à un moment historique. Les joueurs ont compris que c’était un moment déterminant pour leurs carrières mais aussi pour l’histoire de l’Afrique et cela nous a beaucoup aidé à nous motiver. 

Je me souviens parfaitement des dernières minutes de ce match contre le Portugal. Nous étions à 10 après l’expulsion de Walid Cheddira. J’avais très peur car historiquement, les équipes africaines – et le Maroc aussi – avaient beaucoup de mal à gérer ces moments-là. On a toujours l’impression que, lorsqu’on est proche de réaliser quelque chose de grand, qu’une erreur, une maladresse ou un détail finissait toujours par tout gâcher.  

Un événement historique pour l'équipe du Maroc méritait une célébration sans pareille. Regragui a été porté en triomphe par ses joueurs après avoir mené son pays en demi-finales de la Coupe du monde 2022. Justin Setterfield/Getty Images
Un événement historique pour l'équipe du Maroc méritait une célébration sans pareille. Regragui a été porté en triomphe par ses joueurs après avoir mené son pays en demi-finales de la Coupe du monde 2022. Justin Setterfield/Getty Images

Quand l’arbitre a sifflé la fin, je ne savais pas si j’allais pleurer ou ce que je ressentais était une libération totale. Je pensais à ma famille, mes parents, mes frères dans la rue, tout le peuple marocain. À ce moment-là, j’ai su que l’on était entré dans l’histoire. Et, en même temps, je pensais à autre chose : on ne peut pas s’arrêter là. On peut remporter la Coupe du monde.  

J’y croyais vraiment. Nous avions éliminé l’Espagne et le Portugal donc, pourquoi pas ? 

Cependant, nous n’avons pas pu battre la France en demi-finales. On a perdu 2-0. Où avons-nous échoué ? Pourquoi n’avons-nous pas pu gagner ? De nombreuses questions qui restent aujourd’hui sans réponse.  

"Une Coupe du monde ne se gagne pas du jour au lendemain. C’est la seule façon d’acquérir cet ADN de compétiteur qui caractérise les plus grandes sélections"

Quand nous sommes rentrés au Maroc, dix jours après l’élimination contre la France, j’ai eu une réunion avec le président de la fédération. La tête plus froide, nous nous sommes réunis pour réfléchir à ce qu’il nous avait manqué pour franchir un cap à l’avenir. 

Personnellement, je pense qu’il y avait plusieurs choses.

La France a été le plafond de verre du Maroc en demi-finale. Une défaite frustrante, mais dont Regragui a aussi tiré des enseignements pour l'avenir de la sélection. Lars Baron/Getty Images
La France a été le plafond de verre du Maroc en demi-finale. Une défaite frustrante, mais dont Regragui a aussi tiré des enseignements pour l'avenir de la sélection. Lars Baron/Getty Images

La première, c’est l’ADN. Une Coupe du monde ne se gagne pas du jour au lendemain. Il faut rejouer des Coupes du monde, des quarts de finale, des demi-finales et rivaliser à ce niveau. C’est la seule façon d’acquérir cet ADN de compétiteur qui caractérise les plus grandes sélections. 

Ensuite, il y a l’effectif. À ce moment-là, le Maroc n’avait pas un groupe aussi étoffé qu’aujourd’hui. Nous avions réussi à convaincre de nombreux joueurs de disputer la Coupe du monde 2022 avec le Maroc mais dans une compétition comme celle-là, tu as besoin d’un effectif plus large. Il ne nous manquait pas de grands joueurs dans le onze de départ, parce que nous les avions déjà mais plutôt un effectif plus compétitif, avec davantage de solutions.  

"Ce qui me rend le plus heureux, au-delà du football, c’est que lors de la Coupe du monde 2022 nous avons changé la mentalité des supporters et des joueurs. Maintenant au Maroc, on rêve de gagner une Coupe du monde"

Dans des tournois qui durent un mois ou un mois et demi, on doit pouvoir compter sur deux ou trois joueurs par poste, tous prêts à évoluer au plus haut niveau. Ce qui nous a manqué lors de cette demi-finale contre la France en 2022, c’était justement ça : un effectif plus large et plus fort. 

Pour cela, je suis allé convaincre des joueurs de choisir le Maroc. Eliesse Ben Seghir, Ilias Akhomach, Brahim Díaz, Neil El Aynaoui, Ayyoub Bouaddi, Anass Salah-Eddine, Chemsdine Talbi ou Adam Aznou. 

Regragui a dirigé le Maroc de 2022 à 2026. Un entraîneur qui restera à jamais dans l'histoire du pays. Getty Images

En parallèle de mon travail avec l’équipe nationale A du Maroc, j’ai aussi pris en charge la direction technique des U23. J'estimais qu’il était important de le faire pour vivre de l’intérieur la dernière étape à franchir pour tous ces joueurs qui veulent atteindre le plus haut niveau avec leur pays. Cela s’est très bien passé, avec des succès majeurs comme le titre de Champions d’Afrique de la catégorie en 2023 et la médaille de bronze glanée aux Jeux Olympique de Paris en 2024. 

Ce qui me rend le plus heureux, au-delà du football, c’est que lors de la Coupe du monde 2022 nous avons changé la mentalité des supporters et des joueurs. Maintenant au Maroc, on rêve de gagner une Coupe du monde. Il y a quatre ou cinq ans, si on disait à un Marocain que sa sélection pouvait gagner une Coupe du monde, il rigolait. Il te disait de ne pas parler de ça, de ne pas se moquer du pays. Aujourd’hui, en revanche, cette idée est dans toutes les têtes et nous avons le sentiment de nous en être rapprochés. 

Ces quatre années en tant que sélectionneur du Maroc resteront inoubliables. Je suis fier d’avoir fait partie de quelque chose de très grand. 

Notre sélection est connue sous le nom des Lions de l’Atlas mais ce n’est pas seulement un surnom, c’est une identité. Peu importe si tu as été joueur ou sélectionneur. Si tu as défendu ce maillot, tu seras un Lion de l’Atlas pour la vie.  

Walid Regragui